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L’aide au développement : soixante ans déjà, pourquoi si peu de croissance?

L’aide au développement : soixante ans déjà, pourquoi si peu de croissance?
Plus de 60 ans d'aide , et un continent toujours en développement, de nombreuses questions se posent donc

 Plus de 2 000 milliards de dollars versés. Et une question que personne ne veut vraiment poser.



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L'aide au développement: soixante ans déjà, pourquoi si peu de croissance?
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Chaque jour, plus de 100 millions de dollars en moyenne (à raison de +40 à 80 milliards par an) arrivent en Afrique au nom du développement.

Depuis soixante ans, le monde donne. Des milliards ont été versés. Des programmes lancés. Des conférences organisées. Des rapports publiés.

Et pourtant, la même question revient.

Des écoles ont été construites. Des enfants vaccinés. Des routes tracées. Des hôpitaux ont vu le jour. Trois générations d’Africains sont nées sous perfusion d’aide internationale. Trente-trois pays sur quarante six restent officiellement classés « pays les moins avancés » par les Nations Unies.

 Comment un continent qu’on aide depuis soixante ans peut-il rester encore officiellement « en développement » ?

Ce n’est pas une question naïve. C’est la question la plus inconfortable que les institutions internationales préfèrent ne pas entendre. Car la réponse implique de remettre en cause non pas les intentions, mais l’architecture entière du système.

Certaines formes d’aide ont sauvé des vies et continuent d’en sauver. D’autres ont créé des dépendances structurelles qui profitent davantage aux donateurs qu’aux bénéficiaires. Ce n’est pas une accusation. C’est ce que les données montrent.

Dans l'un de nos articles précédents , nous avons montré que l’Afrique perd chaque année entre 50 et 88 milliards de dollars en flux financiers illicites — pour 40 milliards reçus en aide. Aujourd’hui, nous examinons l’aide en elle-même.

Pendant des décennies, le monde a compté les milliards qu’il envoyait. Mais beaucoup moins ceux qui repartaient dans l’autre sens.

Comme dans le football, la question n’est peut-être pas celle du talent. Elle est d’abord celle du système.

 L’aide ne manque peut-être pas. C’est plutôt le développement qui peine encore à suivre.

 Pour comprendre ce paradoxe, il faut remonter à l’origine du système. Car l’aide au développement n’est pas née dans un vide historique. Elle est née dans un monde déjà organisé par des rapports de force.

 

PARTIE I . Comment le monde a décidé d’aider l’Afrique

 1944. New Hampshire. Un hôtel de montagne. Quarante-quatre pays, deux sièges vides, ceux de l’Afrique. Parce qu’elle est encore colonisée.

 Pourtant, c’est là, à Bretton Woods, que les règles organisant l’économie mondiale sont écrites. Le FMI, la Banque mondiale, le cadre du commerce international. Seize ans plus tard, 1960. Dix-sept indépendances africaines en une seule année. L’aide au développement s’impose comme obligation morale, réparation historique, et investissement dans la stabilité mondiale.

 Mais derrière la générosité affichée, il y avait aussi du calcul.

 En pleine Guerre froide, garder l’Afrique dans le camp occidental coûte moins cher qu’un basculement total dans le bloc de l'est. L’aide n’est pas uniquement humanitaire. Elle est donc géopolitique. Ces deux dimensions ne sont pas incompatibles — mais elles expliquent pourquoi l’architecture du système a été conçue pour servir plusieurs objectifs simultanément.

 Mais avant d’instruire ce dossier, il faut faire une chose que peu osent faire.

 

Partie II. Ce que l’aide a vraiment accompli

Arrêtons-nous. Avant le procès, il y a les faits.

 En 1990, la mortalité infantile en Afrique subsaharienne atteignait 180 décès pour 1 000 naissances vivantes. En 2023, ce chiffre a été divisé par près de deux (Banque mondiale). Ce ne sont pas des statistiques. Ce sont des millions d’enfants qui ont survécu.

Pour ce qui est du paludisme, la distribution de moustiquaires imprégnées a réduit la mortalité de plus de 40 % entre 2000 et 2015 (OMS). Les travaux d’Esther Duflo, eminente chercheuse franco-américaine et prix noel d'économie 2019, ont démontré par essais contrôlés que les moustiquaires distribuées gratuitement sauvaient significativement plus de vies.

Et le VIH? Le programme PEPFAR (2003) a financé l’accès aux antirétroviraux pour des millions de patients africains. Il reste à ce jour cité comme le programme d’aide sanitaire le plus efficace jamais déployé à cette échelle.

 L’aide d’urgence sauve. L’aide sanitaire ciblée fonctionne.

 Et pourtant…Aucun de ces succès n’a produit un seul décollage économique structurel. Soixante ans. 2 000 milliards. Trente-trois pays africains toujours « PMA »(Pays les Moins Avancés).

 L’aide a amélioré les conditions de vie. Elle n’a pas transformé la structure économique du continent.

Ce n’est pas le même objectif, ni le même débat.

Comme le disait si bien Ban Ki Moon:

Les chiffres racontent une histoire. Mais les chiffres seuls ne suffisent pas. Car derrière chaque milliard versé se cache une vision du monde. Et sur ce point, les économistes ne sont pas d’accord.

Avant d’aller plus loin, précisons un point essentiel. Oui, la corruption, les conflits ou la mauvaise gouvernance expliquent une partie des difficultés du continent. Mais une question demeure : ces facteurs suffisent-ils, à eux seuls, à expliquer pourquoi plus de 2 000 milliards de dollars d’aide ont produit si peu de transformation économique durable ? C’est précisément à cette question que les quatre économistes qui suivent tentent de répondre.

 

Partie III. Quatre témoins, quatre verdicts

 Sur l’aide au développement, quatre économistes se font face.

Ils regardent les mêmes données. Ils observent le même continent. Ils analysent les mêmes échecs. Mais ils n’en tirent pas du tout les mêmes conclusions. Et c’est précisément là que le débat devient intéressant.

Il part d’une idée simple : certains pays ne sont pas pauvres parce qu’ils manquent de volonté, mais parce qu’ils sont enfermés dans une trappe.

 Pas assez d’infrastructures pour produire. Pas assez d’épargne pour investir. Pas assez de santé pour travailler efficacement. Pas assez d’éducation pour créer une économie moderne. Dans cette logique, demander à un pays très pauvre de se développer seul revient presque à demander à quelqu’un tombé au fond d’un puits de construire lui-même l’échelle qui lui permettra d’en sortir.

 Pour Sachs, l’aide doit donc jouer le rôle du grand déclencheur. Un choc massif, coordonné, simultané : routes, écoles, hôpitaux, énergie, agriculture, santé. Il faut tout amorcer en même temps pour permettre à l’économie de franchir un seuil critique. C’est la logique du Big Push.

 L’aide n’est pas censée être permanente. Elle doit être une rampe de lancement.

 Le problème, évidemment, c’est que cette vision suppose une chose immense : que les institutions qui reçoivent cette aide soient capables de l’absorber, de la coordonner, puis de la transformer en capacité productive. 

 Et c’est précisément ici que "le père du procès" entre en scène.

 Easterly , lui, regarde Sachs et répond : le problème n’est pas seulement le manque d’argent. Le problème, c’est ceux qui prétendent savoir comment l’utiliser depuis Washington, Londres, Paris ou Genève. Pour lui, l’aide internationale souffre d’un vice profond : elle est pensée par des planificateurs, des experts, des institutions, des consultants. Des gens qui dessinent de grands programmes pour des populations qu’ils ne connaissent parfois qu’à travers des rapports. Son accusation est violente : le système de l’aide récompense davantage l’annonce des projets que leur réussite réelle. Un budget est débloqué, un rapport est publié, une conférence est organisée, une photo est prise.

 Mais qui répond vraiment lorsque le projet échoue ? Qui perd son poste ? Qui rembourse ? Souvent, personne.

 C’est ce qu’Easterly appelle le problème d’agence : ceux qui décident ne sont pas toujours ceux qui subissent les conséquences. Sachs veut pousser l’économie par le haut. Easterly, lui, veut laisser les solutions émerger par le bas. 

 Mais Dambisa Moyo va encore plus loin. Elle ne dit pas seulement que l’aide est mal organisée. Elle dit qu’elle peut devenir toxique.

 A juste titre, cette dernière pose la critique la plus brutale. Pour elle, l’aide publique au développement, lorsqu’elle devient permanente, ne soigne plus le malade. Elle l’installe dans la maladie.

 Un État qui reçoit une partie importante de ses ressources de l’extérieur n’a plus la même relation avec ses citoyens. Pourquoi renforcer l’impôt ? Pourquoi développer une vraie base fiscale ? Pourquoi rendre des comptes à la population si le budget vient des bailleurs internationaux ?

 Dans une démocratie saine, l’impôt crée une exigence. Le citoyen paie. Donc le citoyen demande. Donc l’État répond. Mais lorsque l’État dépend davantage des bailleurs que des contribuables, le contrat social se déforme.

 Moyo ajoute un autre effet : l’aide peut affaiblir l’économie locale. Trop de devises étrangères, trop de programmes extérieurs, trop d’ONG qui contournent les administrations locales. Résultat : le secteur privé local peut être étouffé au lieu d’être renforcé.

 Dans cette logique, l’aide n’est plus une rampe de lancement. Elle devient une béquille. Et parfois, une béquille si confortable qu’elle empêche d’apprendre à marcher seul.

Et celà ne saurait trouver sens sans notre éminente Esther Duflo, Professeur au MIT dans le Massachussets, qui, elle, opte, pour une tout autre voie.

 Face à Sachs, Easterly et Moyo, Esther Duflo refuse le grand duel idéologique. Elle arrive avec une autre question.

 Non pas : « l’aide est-elle bonne ou mauvaise ? » Mais : « qu’est-ce qui marche vraiment ? » Son approche est presque clinique. On teste. On compare. On observe. On garde ce qui fonctionne. On abandonne ce qui échoue.

 Là où Sachs raisonne en architecte du développement, où Easterly raisonne en critique des institutions, et où Moyo raisonne en procureure de la dépendance, Duflo raisonne en expérimentatrice.

 Certaines aides fonctionnent. D’autres non. Les moustiquaires gratuites sauvent des vies. Certains transferts directs améliorent réellement les conditions de vie. Mais d’autres projets, pourtant coûteux et très bien présentés, n’ont quasiment aucun impact durable. La vraie question n’est donc plus : faut-il aider ou ne pas aider ?

 Quelle aide ? Pour qui ? Dans quel contexte ? Avec quel résultat mesurable ?

 C’est moins spectaculaire. C’est moins idéologique. Mais c’est probablement plus honnête.

Ainsi, le vrai enseignement est donc qu'au fond, ces quatre économistes ne se contredisent pas totalement. Ils éclairent quatre étages du même problème.

Sachs rappelle que certains pays ont besoin d’un déclencheur;

Easterly , lui, qu’un grand plan sans responsabilité peut devenir une machine bureaucratique.

Moyo, quant à elle, indique qu’une aide permanente peut détruire le contrat social.

Et Duflo conclut en ce qu’aucune théorie ne vaut grand-chose sans preuve mesurable.

 Et c’est précisément là que JN Insight pose sa question.

 Si chacun détient une partie de la vérité…Pourquoi le système continue-t-il à produire si peu de transformation durable ?

 Peut-être parce que le débat sur l’aide oppose trop souvent des intentions. Alors que le vrai sujet est ailleurs. Dans les mécanismes. Dans les incitations. Dans les flux. Dans le pouvoir.

Pendant qu’ils débattent, le problème persiste. Et lorsqu’un problème persiste aussi longtemps, ce n’est peut-être plus seulement un échec. C’est peut-être devenu un système.

 

Partie IV. Quatre mécanismes qui fragilisent le système

 Ces mécanismes sont documentés. Ils ne sont pas une accumulation de malheurs. Ils sont systémiques.

Le 1er des mécanisme : La dépendance budgétaire.

Au Mozambique, en Ouganda ou au Malawi, l’aide extérieure a représenté entre 30 et 50 % du budget national pendant plusieurs décennies (OCDE). Un État financé depuis l’extérieur a moins d’incitation à développer sa capacité fiscale interne. Et un gouvernement qui dépend moins de ses contribuables est structurellement moins incité à leur rendre des comptes. C’est un problème d’incitations, pas de moralité.

Le 2e mécanisme : Les conditionnalités et l’industrialisation bloquée.

Dans les années 1980 et 1990, les programmes d’ajustement structurel ont imposé privatisation, libéralisation, réduction des déficits. En Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria, des industries locales naissantes ont été exposées à la concurrence internationale avant d’être absorbées. L’Occident n’avait pas appliqué ces mêmes recettes lors de sa propre industrialisation. Il reste également une interrogation structurelle : une Afrique industrialisée concurrencerait les industries des pays donateurs.

Le 3e mécanisme  : L’aide liée.

Une fraction significative de l’aide bilatérale reste dans le pays donateur. Consciente des limites de ce modèle, USAID a engagé depuis 2021, et confirmé en 2023, une politique de “localisation” visant à accroître la part des financements confiés directement aux organisations locales, reconnaissant que les circuits traditionnels étaient souvent plus coûteux et moins efficaces. Elle reconnait qu’acheter localement en Afrique aurait été plus efficace — et moins coûteux. Ce que tout le monde savait depuis trente ans. En d'autres termes, une aide qui se vautre avec des achats effectués par le donateur sur son propre sol à l'endroit d'un tiers n'est peut-être pas une aide, mais une dépendance indirecte masquée.

Le 4e mécanisme : Le paradoxe des flux.

Selon la CEA-ONU (rapport Mbeki, 2015), l’Afrique perd chaque année au minimum 50 milliards de dollars en flux financiers illicites. La CNUCED estime ce chiffre à 88,6 milliards en 2020 (CNUCED, 2020). Pour 40 milliards reçus en aide (OCDE, 2023). Le flux entrant : 40 milliards. Le flux sortant : jusqu’à 88 milliards. L’aide ne comble pas le déficit. Elle le masque.

Le problème n’est peut-être pas le robinet. Le problème est surtout la fuite.

On envoie 40 milliards. On laisse partir 80 milliards. Et on appelle ça de l’aide. On ne corrige pas une hémorragie en remplissant simplement la perfusion. On ne développe pas un pays à sa place. On lui donne les moyens de se développer lui-même.

 

Partie V. Les pays qui ont cassé les règles

 Si l’aide était la clé du développement, les pays qui en ont le plus reçu seraient les plus développés. Ce n’est pas ce que montrent les données.

La Corée du Sud et le Ghana avaient un PIB par habitant comparable en 1960. L’écart est de facteur quinze aujourd’hui (Banque mondiale). La Corée s’est développée par une politique industrielle délibérée, des secteurs protégés le temps de se consolider, un investissement massif dans l’éducation technique. Pas par l’aide. Ils ont pourtant fait parti initialement du programme d'aide au Développement, comment se fait-il donc qu'aujourd'hui le banquier japonais emprunte auprès du coréen et non du ghanéen?

Le Botswana a négocié la co-propriété de ses mines de diamants, créé un fonds souverain, investi dans l’éducation et la santé. Le Rwanda a limité le nombre d’ONG autorisées, conditionné l’aide à des objectifs mesurables, développé une stratégie nationale explicite. L’Île Maurice a diversifié son économie sans ressources naturelles ni aide structurelle massive.

Aucun de ces modèles n’est parfaitement transposable. Mais tous montrent qu’un pays progresse lorsqu’il conserve la maîtrise de sa stratégie économique.

Ils ont accepté l’aide. Ils n’ont pas construit leur avenir dessus. C’est la différence.

 Si ces exemples existent, pourquoi ne font-ils pas jurisprudence ?

Partie VI. Le paradoxe oublié

 Depuis soixante ans, le monde se demande : faut-il plus d’aide ou moins d’aide ?

C’est peut-être la mauvaise question.

 Les investissements directs étrangers (IDE) vers l’Afrique représentent moins de 5 % des IDE mondiaux (CNUCED, 2023), pour 17 % de la population mondiale. L’aide est abondamment documentée. L’investissement productif, lui, reste marginal.

Les transferts de la diaspora : 53 milliards de dollars en 2022 (Banque mondiale). Plus que l’APD (Aide Publique au Developpement) entière. Arrivés directement dans les familles. Sans intermédiaire. Sans rapport. Sans conférence.

La propriété intellectuelle : les médicaments essentiels, les technologies agricoles et les semences améliorées sont protégés par des brevets détenus quasi exclusivement par des entreprises du Nord. Les droits de douane européens taxent davantage les produits transformés africains que les matières premières brutes.

Le débat sur l’aide est peut-être le plus beau rideau de fumée de l’économie mondiale.

Pendant soixante ans, on a discuté du montant. Pas des règles du commerce. Pas des prix de transfert. Pas des droits de douane discriminatoires. Pas des brevets inaccessibles. Pas des clauses de stabilité qui enferment des États sur vingt ou trente ans.

Le problème n’est pas le montant de l’aide. C’est la structure du système qui organise la sortie de richesse. Et le débat sur l’aide, en occupant toute la place, évite d’en parler.

Ce constat mène directement à la seule question qui compte.

 

Partie VII. De la perfusion à la souveraineté

Ce chapitre n’est pas militant. Il est structurel.

La ZLECAF — 54 nations, 1,4 milliard de personnes, 3 400 milliards de dollars de PIB cumulé. Si elle se concrétise, elle permettra à l’Afrique de commercer avec elle-même, de construire des chaînes de valeur internes, de réduire structurellement sa dépendance. C’est plus puissant que n’importe quelle aide bilatérale.

La transformation locale : le Zimbabwe a interdit en 2022 l’exportation de lithium brut. La fintech africaine — M-Pesa, Wave, Flutterwave — a transformé l’inclusion financière de dizaines de millions de personnes sans un dollar d’aide publique. Ce sont des actes de souveraineté économique.

La visibilité: Au burkina faso, la mise en scène de la misère (Poverty Porn) a été encadrée par voie légale suite à l'application d'une loi en ce sens il y a de cela une semaine. Les organisations devront utiliser 60% de leurs apports afin d'aider les bénéficiaires à devenir plus autonomes afin qu'ils ne dépendent plus de l'aide humanitaire. Par ailleurs, les produits distribués devront aussi être achetés en priorité sur le marché locale.

La fiscalité : un État qui finance son budget par l’impôt est structurellement incité à rendre des comptes à ses contribuables. C’est le fondement de la démocratie. Et le fondement du développement durable. L’aide ne peut pas remplacer cela.

L’aide d’urgence sauve. L’aide ciblée peut fonctionner.

Mais l’aide permanente, lorsqu’elle remplace l’investissement, l’impôt et la souveraineté, devient une substitution sans issue.

10 INDICATEURS CLÉS

 L’aide est parfois indispensable. La dépendance, elle, ne l’est jamais.

 La générosité devient un piège lorsqu’elle remplace l’autonomie. Le développement ne se transfère pas. Il se construit.

 Le véritable enjeu n’est peut-être pas de recevoir davantage d’aide.

Il est de construire un monde où elle devient progressivement inutile.

 Voilà peut-être le vrai débat. Non pas savoir si l’aide est bonne ou mauvaise. Mais comprendre pourquoi, après soixante ans, elle reste encore nécessaire.

 

Que retenir — Qui aide réellement qui ?

 L’aide publique au développement a sauvé des millions de vies. Les données de santé sont là pour en témoigner. Cela n’est pas remis en question.

Mais certaines de ses formes ont aussi généré, dans certains contextes, des effets de dépendance structurelle qui nécessitent une analyse froide. Ce n’est pas un problème de mauvaises intentions. C’est un problème d’incitation. Et un problème d’incitations, en économie, produit toujours les mêmes effets : les comportements s’alignent sur les intérêts, pas sur les intentions.

Dans notre article sur « l'Afrique et l’Histoire », nous montrions comment le pouvoir pouvait s’imposer en contrôlant les récits. Dans « l’Afrique est-elle réellement pauvre ? », comment il pouvait s’exercer par les chaînes de valeur. Ici, nous montrons qu’il peut aussi se perpétuer lorsque la dépendance finit par prendre le visage de la générosité.

Une nation ne devient pas prospère parce qu’elle reçoit davantage. Elle le devient lorsqu’elle crée davantage.

Le véritable développement ne commence peut-être pas lorsque les aides arrivent. Il commence lorsque leur absence ne devient plus un problème.

À qui profite vraiment un système que personne n’ose remettre en question parce qu’il porte le nom de générosité ?

 → Après soixante ans et 2 000 milliards, si l’aide avait réellement fonctionné comme promis, qu’est-ce qui serait différent aujourd’hui ?

Et vous chers lecteurs, que pensez-vous de tout cela? Je serais ravi de lire vos commentaires et continuer le débat avec vous. 

 

Intellectuellement vôtre,

Jean-Noël Niamké EXPERT FINANCIER Les Mécanismes du Pouvoir — Série VII | Analyses stratégiques & géopolitiques 

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